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Vaccination antigrippale : peut-elle réduire le risque cardiovasculaire ?

NutriCellScience · Dr Jean-Etienne PODIK · Synthèse narrative · Vérification documentaire : 15 octobre 2026 · Publié le 15 octobre 2026

La vaccination antigrippale peut réduire les événements cardiovasculaires, avec les données les plus convaincantes après un infarctus récent. Des essais randomisés et leur synthèse montrent un bénéfice dans cette situation de prévention secondaire. En revanche, l’effet est moins certain pour chaque événement pris isolément, dans l’insuffisance cardiaque et chez les personnes sans maladie cardiovasculaire connue. Une réduction moyenne observée dans un essai ne constitue donc pas une promesse individuelle. [3]–[5]

Pourquoi rapprocher grippe et santé cardiovasculaire ?

La grippe peut précéder un infarctus. Dans l’étude canadienne de Kwong et collaborateurs, l’incidence des hospitalisations pour infarctus était multipliée par 6,05 pendant les sept jours suivant un prélèvement positif, comparativement aux périodes témoins chez les mêmes personnes : IC95 % 3,86–9,50. Une étude néerlandaise a retrouvé une incidence relative de 6,16 [4,11–9,24]. [1][2]

Ces travaux soutiennent un rôle déclencheur aigu, mais ne donnent pas la probabilité qu’une personne quelconque fasse un infarctus après une grippe. Les patients testés ne représentent pas toutes les infections bénignes. Surtout, la hausse relative ne signifie pas que 6 % des personnes grippées auront un infarctus.

La question préventive est distincte : vacciner réduit-il réellement des événements cliniques, et pas seulement des infections ? Pour y répondre, les essais contre placebo sont plus informatifs que la seule comparaison de personnes vaccinées et non vaccinées dans les registres.

Comment une infection respiratoire peut-elle affecter les artères ?

L’inflammation systémique peut favoriser l’activation plaquettaire, la coagulation et l’instabilité d’une plaque athéromateuse. La fièvre et la tachycardie augmentent les besoins du cœur, tandis qu’une hypoxémie peut limiter les apports en oxygène. Ces processus peuvent aussi contribuer à une décompensation cardiaque. Le consensus européen de cardiologie de 2025 décrit ces mécanismes et replace la vaccination dans la prévention cardiovasculaire. [7]

Il s’agit d’une explication physiopathologique plausible, pas d’une mesure de l’efficacité vaccinale. Prévenir une infection déclenchante peut éviter une partie de ses complications ; cela ne démontre pas que le vaccin corrige directement l’athérosclérose.

Ce que montrent les principales études humaines

Le tableau distingue l’exposition à la grippe, les essais de vaccination et les résultats observationnels. Les effectifs des études autocontrôlées correspondent à des cas sélectionnés, pas au nombre total de personnes grippées.

Source Population, plan et effectif Comparaison et suivi Résultat et incertitude Limites et portée Repère de preuve*
Kwong, 2018 [1] Étude autocontrôlée ; 364 hospitalisations pour infarctus autour d’une grippe confirmée. J1–J7 après prélèvement contre périodes témoins dans l’année avant/après. Incidence relative : 6,05 [3,86–9,50]. Association temporelle ; pas d’estimation de l’efficacité vaccinale ni du risque absolu en population générale. C : association grippe–infarctus.
de Boer, 2024 [2] Registres néerlandais, PCR ; étude autocontrôlée ; 406 épisodes inclus avec infarctus dans la fenêtre étudiée. Première semaine après grippe contre périodes témoins. Incidence relative d’infarctus : 6,16 [4,11–9,24]. Réplication observationnelle ; dépendance au recours au dépistage. C : association aiguë.
IAMI, Fröbert, 2021 [3] Essai randomisé en double aveugle ; 2 571 personnes randomisées, 2 532 traitées ; 99,7 % après infarctus. Vaccin inactivé contre placebo ; 12 mois. Décès toutes causes, infarctus ou thrombose de stent : 5,3 % contre 7,2 % ; HR 0,72 [0,52–0,99]. Arrêt anticipé lié au Covid-19 ; résultat sur un critère composite, en prévention secondaire. B : bénéfice sur le composite post-infarctus.
Behrouzi, 2022 [4] Méta-analyse de 6 essais randomisés ; 9 001 participants. Vaccination contre placebo/contrôle ; événements à 12 mois. Événements majeurs : 3,6 % contre 5,4 % ; RR 0,66 [0,53–0,83]. Syndrome coronarien aigu récent : RR 0,55 [0,41–0,75]. Populations et composites différents ; inclut IAMI et précède la publication complète d’IVVE. A : synthèse favorable, surtout après événement coronaire récent.
IVVE, Loeb, 2022 [5] Essai randomisé contre placebo ; 5 129 insuffisants cardiaques, NYHA II–IV. Vaccination annuelle jusqu’à 3 ans. Décès cardiovasculaire/infarctus non fatal/AVC non fatal : 14,8 % contre 16,0 % ; HR 0,93 [0,81–1,07], p = 0,30. Pas de supériorité globale sur les deux critères principaux ; signal favorable durant les pics grippaux dans une analyse préspécifiée. B : bénéfice global non démontré pour le critère principal.
Croci, 2026 [6] Registres danois, étude autocontrôlée ; 1 221 personnes ≥40 ans avec premier infarctus ou AVC autour d’une grippe PCR positive. J1–J7 contre périodes témoins ; comparaison selon vaccination saisonnière. Incidence relative du composite : 3,5 [2,6–4,7]. Excès de risque moins marqué chez les vaccinés ; interaction p = 0,020. Vaccination non randomisée ; sélection des infections détectées ; ne fournit pas une efficacité vaccinale universelle. C : atténuation associée à la vaccination malgré infection.

*Repères éditoriaux explicités pour cet article, distincts d’une cotation GRADE : A = synthèse d’essais randomisés ; B = essai randomisé ; C = étude observationnelle ; D = données mécanistiques ou précliniques ; E = hypothèse. Ils décrivent le type d’appui de l’affirmation, sans garantir sa certitude, qui dépend aussi des limites et de l’applicabilité.

Après un infarctus, un bénéfice cliniquement pertinent

Dans IAMI, la différence du critère principal représente environ 19 événements de moins pour 1 000 patients à un an, soit un nombre à vacciner d’environ 53, calculé à partir des pourcentages arrondis. Les décès cardiovasculaires étaient également moins fréquents : 2,7 % contre 4,5 %. En revanche, la récidive d’infarctus seule n’était pas significativement réduite : HR 0,86 [0,50–1,46]. [3]

Il faut conserver cette distinction : un composite peut s’améliorer sans que chacune de ses composantes diminue de façon démontrée. L’essai soutient l’intégration de la vaccination au parcours post-infarctus ; il ne permet pas d’attribuer le même effet à une personne jeune sans antécédent.

Que signifie une réduction de 34 % ?

Dans la méta-analyse de 2022, passer de 5,4 % à 3,6 % correspond à une baisse relative de 34 %, mais à une baisse absolue de 1,8 point : environ 18 événements de moins pour 1 000 participants en un an, soit 56 personnes à vacciner pour éviter un événement dans ces essais. Ce nombre dépend du risque initial et du suivi. [4]

Sans syndrome coronarien aigu récent, le RR était de 1,00 [0,68–1,47] : aucun bénéfice significatif détecté dans ce sous-groupe. L’absence de résultat significatif ne prouve pas l’absence de tout effet, mais interdit de présenter les 34 % comme une réduction uniforme du risque de chacun.

Insuffisance cardiaque : pourquoi les résultats sont-ils plus nuancés ?

IVVE n’a pas démontré de baisse globale significative de ses deux critères principaux. Des hospitalisations toutes causes et des pneumonies étaient moins fréquentes, et certains résultats cardiovasculaires s’amélioraient pendant les pics de circulation grippale dans une analyse prévue au protocole. Ces éléments sont compatibles avec un bénéfice saisonnier, mais ne rendent pas le critère principal global positif. [5]

La population, la circulation virale et la définition des critères peuvent modifier l’effet observé. La cohérence biologique ne dispense donc pas de rapporter les résultats nuls.

Les données récentes chez les personnes infectées malgré la vaccination

L’étude danoise de 2026 pose une autre question : le sur-risque après grippe est-il différent chez les vaccinés qui sont tout de même infectés ? Elle observe une atténuation statistiquement significative. Ce signal complète les essais, mais ne les remplace pas : les groupes n’étaient pas randomisés et les personnes vaccinées peuvent différer par leur santé ou leur recours aux soins. [6]

La protection contre l’infection, la protection contre ses formes graves et la réduction des événements cardiovasculaires sont des résultats distincts. Leurs pourcentages ne s’additionnent pas.

Quelle place dans la prévention ?

Le consensus de l’ESC de 2025 inscrit la vaccination dans une approche de prévention cardiovasculaire, notamment chez les patients coronariens et insuffisants cardiaques. Il s’agit d’une intervention complémentaire au contrôle de la pression artérielle, des lipides, du diabète, au sevrage tabagique et à l’activité physique adaptée. [7]

En pratique, vérifier le statut vaccinal dans le parcours cardiovasculaire permet de ne pas limiter la discussion à la prévention des symptômes respiratoires. La stratégie et le moment de la vaccination doivent tenir compte de la situation clinique et des recommandations nationales en vigueur.

Limites, transparence et sécurité

Cette synthèse narrative sélectionne les travaux décisifs ; elle n’est pas une revue systématique exhaustive. Les études se recouvrent : IAMI est inclus dans la méta-analyse de 2022 et ne constitue pas une confirmation indépendante de celle-ci. Les registres restent exposés aux biais de sélection et de confusion.

La méta-analyse de Behrouzi déclare des financements institutionnels et plusieurs liens d’intérêts industriels parmi ses auteurs. IVVE a reçu des financements publics britanniques et canadiens et un soutien en nature de Sanofi Pasteur. Ces éléments appellent une lecture critique de la méthode, sans suffire à invalider les résultats. [4][5]

Le bénéfice cardiovasculaire ne supprime pas la nécessité de vérifier les contre-indications et précautions propres au vaccin choisi. Cet article n’évalue pas séparément la tolérance de chaque formulation et ne compare pas les vaccins entre eux.

FAQ scientifique

Le vaccin antigrippal est-il un traitement de l’athérosclérose ?

Non. Son intérêt cardiovasculaire repose notamment sur la prévention d’un déclencheur infectieux ; il complète la prise en charge des facteurs de risque sans s’y substituer. [7]

Peut-on annoncer « 34 % d’infarctus en moins » ?

Non. Le chiffre de 34 % porte sur un ensemble d’événements cardiovasculaires dans une méta-analyse, et non sur les seuls infarctus ni sur toute la population. [4]

Une personne sans antécédent cardiaque peut-elle être concernée ?

Oui, la grippe peut précéder un premier événement cardiovasculaire. Mais cela ne démontre pas une même réduction absolue par la vaccination en prévention primaire : le registre danois ne randomise pas la vaccination. [6]

Le vaccin protège-t-il aussi contre les AVC ?

Le signal observationnel est intéressant, mais la preuve randomisée d’une réduction des AVC pris isolément reste moins convaincante que celle du composite post-infarctus. IVVE n’a pas démontré de réduction significative des AVC non fatals sur l’ensemble du suivi. [5][6]

Références

  1. Kwong JC et al. Acute Myocardial Infarction after Laboratory-Confirmed Influenza Infection. N Engl J Med. 2018;378:345–353. DOI : 10.1056/NEJMoa1702090 · PMID : 29365305.
  2. de Boer AR et al. Influenza Infection and Acute Myocardial Infarction. NEJM Evid. 2024;3(7):EVIDoa2300361. DOI : 10.1056/EVIDoa2300361 · PMID : 38916418.
  3. Fröbert O et al. Influenza Vaccination After Myocardial Infarction: A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled, Multicenter Trial. Circulation. 2021;144:1476–1484. DOI : 10.1161/CIRCULATIONAHA.121.057042 · PMID : 34459211.
  4. Behrouzi B et al. Association of Influenza Vaccination With Cardiovascular Risk: A Meta-analysis. JAMA Netw Open. 2022;5(4):e228873. DOI : 10.1001/jamanetworkopen.2022.8873 · PMID : 35486404.
  5. Loeb M et al. Influenza vaccine to reduce adverse vascular events in patients with heart failure: a multinational randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet Glob Health. 2022;10:e1835–e1844. DOI : 10.1016/S2214-109X(22)00432-6 · PMID : 36400089.
  6. Croci R et al. Influenza vaccination attenuates acute myocardial infarction and stroke risk following influenza infection: a register-based, self-controlled case series study, Denmark, 2014 to 2025. Euro Surveill. 2026;31(13):2500706. DOI : 10.2807/1560-7917.ES.2026.31.13.2500706 · PMID : 42141868.
  7. Heidecker B et al. Vaccination as a new form of cardiovascular prevention: a European Society of Cardiology clinical consensus statement. Eur Heart J. 2025;46:3518–3531. DOI : 10.1093/eurheartj/ehaf384 · PMID : 40582710.

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Citer cet article

PODIK Jean-Etienne. Vaccination antigrippale : peut-elle réduire le risque cardiovasculaire ? NutriCellScience. 15 octobre 2026. Version documentaire du 15 octobre 2026. Disponible sur https://nutricellscience.blog/2026/10/15/vaccin-antigrippal-risque-cardiovasculaire/.

« La vaccination antigrippale contribue à la prévention cardiovasculaire, avec les preuves les plus convaincantes après un infarctus récent ; l’effet dépend de la population et du critère clinique étudiés. » Synthèse de [3]–[5].

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