Hypertrophie ventriculaire gauche chez les culturistes : adaptation sportive, dopage ou atteinte cardiaque ?

Article NutriCellScience Institute — mise à jour : 3
septembre 2026

Chez le culturiste, un ventricule gauche plus musclé n’a pas une
signification unique. Il peut refléter une adaptation proportionnée à
l’entraînement, une hypertension artérielle méconnue, l’effet d’une
forte masse corporelle, une apnée du sommeil, une cardiomyopathie
indépendante du sport ou la toxicité d’une exposition supraphysiologique
aux stéroïdes anabolisants androgènes. La question utile n’est donc pas
seulement : « la paroi est-elle épaisse ? », mais : pourquoi
l’est-elle, comment le cœur fonctionne-t-il et existe-t-il des marqueurs
de dommage ?

Information médicale. Cet article ne remplace ni une
consultation ni l’interprétation individualisée d’un ECG, d’une
échocardiographie ou d’une IRM cardiaque. Une douleur thoracique, une
syncope à l’effort, un essoufflement inhabituel, des palpitations
soutenues ou une baisse inexpliquée des performances justifient une
évaluation médicale rapide. L’usage non médical de stéroïdes
anabolisants comporte des risques graves ; aucune stratégie
d’autosurveillance ne le rend sûr.

En bref

  • La musculation pratiquée sans produits dopants peut entraîner une
    augmentation modérée de la masse ventriculaire, généralement accompagnée
    d’une adaptation équilibrée des volumes et d’une fonction systolique et
    diastolique conservée.
  • Une épaisseur pariétale ou une masse élevée ne suffit pas,
    isolément, à distinguer le « cœur d’athlète » d’une hypertrophie
    pathologique.
  • La pression artérielle au repos, la pression ambulatoire sur 24
    heures, la géométrie du ventricule, sa fonction, le strain, l’ECG, les
    antécédents et, si nécessaire, l’IRM cardiaque sont plus informatifs
    qu’un chiffre unique.
  • Les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) à doses
    supraphysiologiques sont associés à une augmentation de la masse
    ventriculaire, à une hypertrophie souvent concentrique et à une
    altération systolique et diastolique. La durée cumulée d’exposition
    compte.
  • Une partie des anomalies observées après un cycle peut régresser
    après l’arrêt. Après des expositions prolongées, la récupération peut
    être incomplète : « réversible » ne signifie donc ni bénin ni
    garanti.
  • L’hypertension, l’obésité ou la prise de masse importante, l’apnée
    obstructive du sommeil, les stimulants et les autres produits
    d’amélioration de la performance peuvent amplifier le risque.
  • L’objectif clinique n’est pas d’interdire automatiquement la
    musculation, mais d’identifier la cause de l’hypertrophie, de corriger
    les facteurs modifiables et d’adapter la pratique au profil
    cardiovasculaire réel.

1. La question clinique

Le culturisme se distingue de nombreux sports par l’association
possible de plusieurs contraintes : volumes élevés de musculation,
séries proches de l’échec, manœuvre de Valsalva, forte masse corporelle,
phases de prise de masse, variations rapides de poids, régimes très
salés ou très énergétiques, sommeil perturbé, stimulants et, chez
certains pratiquants, substances dopantes.

Ces expositions ne sont ni constantes ni équivalentes. Regrouper tous
les culturistes dans une seule catégorie conduit à deux erreurs opposées
: banaliser une cardiomyopathie en l’appelant « cœur d’athlète », ou
pathologiser une adaptation physiologique chez un sportif
asymptomatique.

La bonne question comporte quatre dimensions :

  1. Morphologie : augmentation de l’épaisseur, de la
    masse, des volumes ou remodelage concentrique ?
  2. Fonction : contraction, relaxation, strain et
    réponse à l’effort sont-ils conservés ?
  3. Contexte : pression artérielle, masse corporelle,
    apnée du sommeil, produits, antécédents familiaux et symptômes ?
  4. Tissu myocardique : existe-t-il une fibrose ou une
    autre signature pathologique à l’IRM ?

2. Méthodologie
NutriCellScience Institute

Cette synthèse privilégie les recommandations de sociétés savantes,
les cohortes prospectives, les études comparant des utilisateurs de SAA
à des pratiquants de musculation non utilisateurs, les explorations par
échocardiographie ou IRM et les grandes cohortes de morbi-mortalité. Les
études de cas servent à détecter des signaux, mais ne permettent pas
d’estimer un risque individuel.

Lecture des niveaux de
preuve

Niveau Interprétation utilisée dans cet article
A Résultat soutenu par des recommandations et/ou plusieurs études
humaines concordantes, dont de grandes cohortes
B Données humaines prospectives ou comparatives cohérentes, mais
effectifs ou durée encore limités
C Études transversales, données mécanistiques ou résultats
hétérogènes
D Séries de cas, extrapolations ou opinion d’experts
E Hypothèse non démontrée ou affirmation commerciale

Le niveau qualifie la solidité de l’affirmation, non l’importance
potentielle du risque.

3. Ce que la
musculation fait réellement au cœur

3.1 Une
contrainte de pression surtout transitoire

Lors d’une série lourde, la contraction musculaire comprime les
vaisseaux, les résistances périphériques augmentent et la manœuvre de
Valsalva modifie fortement les pressions intrathoraciques. Des mesures
invasives historiques ont observé des pics tensionnels extrêmement
élevés pendant des efforts maximaux. Ces valeurs sont brèves, dépendent
de la charge, de la masse musculaire mobilisée, de la durée de la série
et de la technique respiratoire ; elles ne doivent pas être confondues
avec la pression artérielle habituelle au repos.

L’exposition répétée à cette postcharge peut favoriser un remodelage,
mais la vision ancienne selon laquelle tout entraînement de force
produirait obligatoirement une hypertrophie concentrique importante est
trop simpliste. Les adaptations dépendent du programme, du niveau, de la
composante dynamique, de la pression artérielle, du gabarit et des
produits utilisés.

3.2
Chez le pratiquant non dopé : une adaptation généralement
proportionnée

Une étude longitudinale publiée en 2025 a suivi de jeunes hommes
jusque-là non entraînés pendant 20 semaines de musculation intensive. La
masse du ventricule gauche a augmenté de 120,1 à 133,7 g, parallèlement
à une dilatation modérée et équilibrée des deux ventricules ; aucun
participant n’a dépassé 11 mm d’épaisseur pariétale et les fonctions
systolique et diastolique sont restées stables. L’effectif était petit —
22 participants ayant terminé — mais le suivi prospectif permet de
documenter une adaptation réelle à l’entraînement plutôt qu’une simple
différence entre groupes (Pamart et al.,
2025
).

Cette observation soutient une idée essentielle : une
augmentation de masse myocardique n’est pas nécessairement une HVG
pathologique
. Une adaptation physiologique tend à être
harmonieuse, avec des cavités adaptées au débit, une fonction préservée
et l’absence de signes de fibrose ou de maladie familiale.

Néanmoins, les données spécifiques aux culturistes naturels de très
haut niveau restent limitées. L’absence de dopage est difficile à
vérifier, les petits effectifs réduisent la précision et les résultats
ne sont pas automatiquement transposables aux femmes, aux masters, aux
personnes hypertendues ou aux athlètes très massifs.

Conclusion NCS : la musculation seule peut remodeler
le cœur, mais elle explique mal, à elle seule, une hypertrophie marquée
accompagnée d’une dysfonction. Niveau B.

4.
Pourquoi le culturiste n’est pas seulement un « athlète de force »

Le risque ne vient pas d’une cause unique. Il résulte souvent d’un
faisceau d’expositions.

4.1 Masse
corporelle et phases de prise de masse

Une masse maigre élevée augmente les besoins circulatoires et
influence la masse cardiaque. La masse grasse, elle, ajoute fréquemment
hypertension, insulinorésistance, inflammation, augmentation du volume
sanguin et apnée du sommeil. L’indexation de la masse ventriculaire à la
surface corporelle peut même sous-estimer l’anomalie chez les personnes
obèses ; l’interprétation doit donc tenir compte du gabarit sans «
normaliser » automatiquement toute valeur élevée.

4.2 Hypertension au repos
ou masquée

Une mesure normale occasionnelle ne suffit pas à exclure une
hypertension. Chez un sportif, la pression peut être élevée à domicile,
la nuit ou lors des journées d’entraînement. Une mesure ambulatoire sur
24 heures ou une automesure structurée est particulièrement utile
lorsque l’échographie évoque un remodelage concentrique, lorsque les
mesures en consultation sont variables ou lorsqu’il existe une
exposition aux SAA ou stimulants.

4.3 Apnée obstructive du
sommeil

Cou épais, prise de masse, obstruction nasale, ronflements,
somnolence ou sommeil non réparateur doivent faire évoquer une apnée.
Les hypoxies intermittentes, les décharges sympathiques et les poussées
tensionnelles nocturnes peuvent entretenir un remodelage myocardique,
indépendamment de l’entraînement.

4.4 Stimulants et
polyconsommations

Pré-workouts fortement caféinés, sympathomimétiques, médicaments
détournés, cocaïne ou amphétamines peuvent augmenter pression, fréquence
cardiaque et risque rythmique. Chez les utilisateurs de SAA, la
polyconsommation est un facteur de confusion scientifique, mais aussi
une réalité clinique : attribuer toute l’anomalie à une seule molécule
serait artificiel.

4.5
Stéroïdes anabolisants, hormone de croissance et autres produits

Les SAA constituent le signal le mieux documenté. L’hormone de
croissance, l’insuline, les hormones thyroïdiennes, certains diurétiques
et agents de « sèche » peuvent ajouter des risques métaboliques,
électrolytiques ou hémodynamiques. Leur contribution indépendante à
l’HVG est toutefois moins bien quantifiée que celle des SAA, car les
utilisateurs associent souvent plusieurs substances.

5.
Stéroïdes anabolisants : ce que montrent les études

5.1
Pendant un cycle : augmentation de masse et baisse fonctionnelle
mesurable

L’étude prospective HAARLEM a examiné 31 pratiquants de musculation
avant un cycle de SAA, à la fin du cycle — durée médiane de 16 semaines
— puis après récupération. À la fin du cycle :

  • la masse ventriculaire gauche avait augmenté en moyenne de
    28,3 g ;
  • la fraction d’éjection tridimensionnelle avait diminué de
    4,9 points ;
  • le rapport E/A avait diminué et le volume de l’oreillette gauche
    augmenté ;
  • l’augmentation de masse était corrélée à la dose androgénique
    hebdomadaire.

Dans cette cohorte, les paramètres se sont normalisés après l’arrêt
au suivi d’un an (Smit et al.,
2021
). Cette réversibilité à court terme est rassurante pour ce
groupe précis, mais ne démontre pas l’innocuité de cycles répétés
pendant des années.

Conclusion NCS : les SAA peuvent provoquer
rapidement une hypertrophie et une altération subclinique des fonctions
systolique et diastolique. Niveau B, du fait du
caractère prospectif mais de l’effectif réduit et de l’absence de
randomisation éthiquement possible.

5.2
Pression artérielle, lipides et hématocrite : plusieurs voies
convergentes

Dans le volet prospectif de 100 hommes de HAARLEM, la pression
systolique a augmenté en moyenne de 6,87 mmHg et la diastolique de 3,17
mmHg pendant l’exposition. Le LDL-cholestérol et l’ApoB ont augmenté, le
HDL-cholestérol a diminué et l’hématocrite s’est élevé. Ces paramètres
sont revenus vers leur niveau initial après l’arrêt dans le suivi
disponible (Smit et
al., 2022
).

Ces variations moyennes masquent une grande hétérogénéité. Elles
relient l’exposition aux SAA à trois voies de dommage : surcharge de
pression, athérosclérose et viscosité/thrombose.

Conclusion NCS : les SAA dégradent de façon
reproductible plusieurs facteurs cardiovasculaires. Niveau
B.

5.3
Exposition prolongée : le signal devient celui d’une
cardiomyopathie

Une étude norvégienne a comparé 101 utilisateurs de SAA — exposition
cumulée moyenne de 11 ans — à 71 pratiquants de musculation non
utilisateurs. Les utilisateurs présentaient un index de masse
ventriculaire plus élevé (106 contre 80 g/m²), une fraction d’éjection
plus basse (49 % contre 59 %) et une fonction ventriculaire droite
altérée. Onze pour cent avaient une fraction d’éjection ≤ 40 %. Les
anciens utilisateurs conservaient eux aussi, en moyenne, des anomalies
plusieurs années après l’arrêt (Abdullah et al.,
2024
).

L’étude est transversale : elle établit une association, non une
causalité individuelle. Cependant, les comparateurs étaient eux-mêmes
des pratiquants de musculation, et l’exposition aux SAA restait le
déterminant le plus fort de la dysfonction dans les modèles ajustés.

Conclusion NCS : après une exposition prolongée, les
anomalies peuvent dépasser l’HVG isolée et prendre la forme d’une
cardiomyopathie biventriculaire, parfois persistante après l’arrêt.
Niveau B.

5.4 Athérosclérose et
événements cliniques

En 2025, une étude danoise de 164 sportifs de loisir, hommes et
femmes, a retrouvé davantage de plaques coronaires non calcifiées chez
les utilisateurs actifs que chez les non-utilisateurs et une association
entre durée cumulée d’exposition, calcification coronaire et altérations
myocardiques. Le plan transversal et le risque de biais de sélection
invitent à la prudence, mais le signal concernait les deux sexes (Buhl et al.,
2025
).

Plus décisive pour le risque clinique, une cohorte nationale danoise
a comparé 1 189 hommes identifiés dans un programme antidopage à 59 450
témoins, avec environ 11 ans de suivi. L’exposition était associée à
davantage d’infarctus (HR ajusté 3,00), d’arythmies (2,26), de
cardiomyopathies (8,90) et d’insuffisances cardiaques (3,63) (Windfeld-Mathiasen
et al., 2025
). Une analyse de la même population avait également
observé une mortalité globale plus élevée (HR 2,81), tout en soulignant
les facteurs de confusion possibles (Windfeld-Mathiasen et al.,
2024
).

Conclusion NCS : les risques associés aux SAA ne se
limitent pas à une image échographique ; ils se traduisent par davantage
d’événements cardiovasculaires dans les cohortes. Niveau A pour
l’association
, sans possibilité d’attribuer avec certitude le
risque d’un individu ou d’une molécule précise.

6. Comment
les SAA peuvent-ils remodeler le myocarde ?

Plusieurs mécanismes probablement additifs sont proposés :

  1. Signal direct sur le cardiomyocyte. L’activation
    supraphysiologique des récepteurs androgéniques peut stimuler la
    croissance cellulaire.
  2. Surcharge tensionnelle. L’augmentation de pression
    au repos et les contraintes répétées à l’effort renforcent la
    postcharge.
  3. Fibrose et matrice extracellulaire. Un dépôt de
    collagène et un remodelage interstitiel peuvent rigidifier le ventricule
    et perturber la relaxation.
  4. Dysfonction endothéliale et athérosclérose. La
    dégradation du profil lipidique et d’autres effets vasculaires
    favorisent la maladie coronaire.
  5. Érythrocytose et thrombose. L’élévation de
    l’hématocrite peut accroître la viscosité et participer au risque
    thrombotique.
  6. Toxicité combinée. Stimulants, hormone de
    croissance, tabac, apnée du sommeil, hypertension et variations
    pondérales peuvent amplifier le dommage.

Il est prématuré de déterminer chez un individu la part exacte de
chaque voie. La cohérence entre structure, fonction, facteurs
biologiques et événements cliniques rend néanmoins improbable une
explication uniquement liée à l’entraînement.

7. Cœur d’athlète
ou hypertrophie pathologique ?

Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments. Aucun critère
unique n’est absolu.

Élément Adaptation sportive plutôt physiologique Remodelage pathologique à rechercher
Symptômes Aucun ; capacité fonctionnelle stable Syncope d’effort, douleur thoracique, dyspnée, palpitations, baisse
des performances
Pression artérielle Normale au repos et sur mesures répétées HTA persistante, masquée ou nocturne
Géométrie Augmentation proportionnée de masse et de volumes Hypertrophie concentrique marquée, cavité petite ou
disproportionnée
Distribution Épaississement homogène Hypertrophie asymétrique, apicale ou segmentaire
Fonction diastolique Normale ou supranormale Relaxation altérée, pressions de remplissage élevées
Fonction systolique Fraction d’éjection et strain conservés Fraction d’éjection abaissée ou strain anormal
Ventricule droit Adaptation proportionnée Dysfonction ventriculaire droite
ECG Variants compatibles avec l’entraînement Anomalies inhabituelles, arythmies, Q pathologiques, repolarisation
très anormale
IRM cardiaque Absence de cicatrice pathologique Fibrose, anomalies tissulaires ou morphologie de
cardiomyopathie
Évolution Stable, parfois régressive avec désentraînement Persistance/progression malgré correction des contraintes
Contexte Entraînement cohérent avec l’adaptation SAA, HTA, apnée, antécédents familiaux ou maladie systémique

Chez l’athlète adulte, une épaisseur pariétale de 13 à 16 mm se situe
classiquement dans une zone grise de chevauchement avec la
cardiomyopathie hypertrophique. Ce repère doit être modulé selon le
sexe, l’origine, le gabarit et le type de sport. La Société européenne
de cardiologie rappelle qu’une hypertrophie physiologique s’accompagne
généralement d’une dilatation proportionnée, tandis qu’une hypertrophie
asymétrique, une dysfonction diastolique ou une fibrose orientent vers
une pathologie (ESC,
imagerie du sportif
).

8. Le bilan pertinent en
pratique

8.1 Interrogatoire sans
jugement

Un bilan utile documente :

  • ancienneté, fréquence et type d’entraînement ;
  • charges, séries proches de l’échec, compétitions et pratique
    d’endurance associée ;
  • évolution du poids et composition corporelle ;
  • symptômes au repos et à l’effort ;
  • antécédents personnels et familiaux de cardiomyopathie ou mort
    subite ;
  • pression artérielle connue, ronflements et symptômes d’apnée ;
  • médicaments, stimulants, SAA et autres produits, actuels et passés
    ;
  • durée cumulée d’exposition plutôt que seul « cycle actuel ».

Une communication confidentielle et non moralisatrice améliore la
qualité des informations. Les sociétés de cardiologie insistent sur ce
point, car la dissimulation expose à une interprétation erronée du bilan
(American
College of Cardiology, 2024
).

8.2 Première ligne

Selon le contexte clinique :

  • examen clinique et mesures tensionnelles standardisées ;
  • automesure ou mesure ambulatoire sur 24 heures si suspicion d’HTA
    masquée ;
  • ECG 12 dérivations ;
  • bilan lipidique avec LDL-C, HDL-C et idéalement ApoB selon le risque
    ;
  • numération sanguine et hématocrite ;
  • glycémie/HbA1c, fonction rénale, bilan hépatique et électrolytes
    selon les expositions ;
  • dépistage de l’apnée du sommeil si évocateur.

Chez un utilisateur actuel ou ancien de SAA, une échocardiographie
est raisonnable pour mesurer masse, épaisseurs, volumes, fraction
d’éjection, fonction diastolique, oreillettes et ventricule droit.
L’ajout du global longitudinal strain peut détecter une
atteinte systolique plus discrète lorsque la fraction d’éjection paraît
encore normale.

8.3 Quand l’IRM
cardiaque devient importante

L’IRM est particulièrement utile en cas de :

  • mauvaise fenêtre échographique ;
  • hypertrophie marquée, asymétrique ou inexpliquée ;
  • discordance entre morphologie et niveau d’entraînement ;
  • fonction ou strain anormal ;
  • ECG préoccupant ou arythmie ;
  • antécédents familiaux ;
  • suspicion de fibrose, myocardite ou cardiomyopathie.

Elle mesure précisément les volumes et la masse et caractérise le
tissu myocardique. Une fibrose n’est pas une caractéristique attendue
d’une simple adaptation physiologique homogène.

8.4 Examens orientés

Une épreuve d’effort, parfois avec analyse des échanges gazeux,
apprécie symptômes, capacité fonctionnelle, réponse tensionnelle et
arythmies. Un Holter est indiqué devant palpitations, syncope,
extrasystolie ou anomalies électriques. L’imagerie coronaire n’est pas
un dépistage automatique de tout jeune culturiste ; elle se discute
selon l’âge, les symptômes, le risque athéroscléreux et l’exposition
cumulée.

9. Une proposition
de stratification simple

Profil plutôt rassurant

  • asymptomatique ;
  • pression normale confirmée ;
  • hypertrophie modérée et homogène ;
  • adaptation proportionnée des cavités ;
  • fonction systolique, diastolique et strain conservés ;
  • absence de fibrose et d’arythmie significative ;
  • aucune exposition supraphysiologique connue.

La poursuite de la musculation est généralement compatible avec ce
profil, avec suivi adapté aux autres facteurs de risque.

Profil intermédiaire :
bilan à compléter

  • épaisseur en zone grise ;
  • remodelage concentrique sans symptôme ;
  • pression limite ou variable ;
  • usage ancien de SAA ;
  • forte masse corporelle, apnée possible ou antécédent familial
    incomplet ;
  • petite anomalie de strain ou ECG difficile à interpréter.

La priorité est de lever les ambiguïtés : pression ambulatoire,
échographie experte, IRM et/ou épreuve d’effort.

Profil préoccupant

  • syncope à l’effort, douleur thoracique ou dyspnée disproportionnée
    ;
  • fraction d’éjection abaissée, strain franchement altéré ou
    dysfonction ventriculaire droite ;
  • fibrose à l’IRM ;
  • hypertrophie asymétrique ou majeure ;
  • arythmie ventriculaire ou histoire familiale de mort subite ;
  • hypertension sévère ou non contrôlée ;
  • exposition prolongée aux SAA avec anomalies structurelles.

Dans ce contexte, la pratique intense ne doit pas être poursuivie
sans évaluation cardiologique et décision partagée.

10. L’HVG
peut-elle régresser après l’arrêt des SAA ?

La réponse est : parfois, mais pas toujours
complètement
.

Les données prospectives de HAARLEM suggèrent une normalisation après
un cycle et une période d’arrêt chez des hommes suivis pendant un an. À
l’inverse, les études d’utilisateurs cumulant près d’une décennie ou
davantage retrouvent des altérations chez certains anciens utilisateurs
plusieurs années après l’arrêt.

Cette apparente contradiction est informative :

  • l’exposition courte et les anomalies précoces peuvent être plus
    réversibles ;
  • les expositions répétées ou prolongées peuvent conduire à une
    fibrose et à une dysfonction persistantes ;
  • les susceptibilités individuelles et les coexpositions comptent
    ;
  • les études ne suivent pas exactement les mêmes populations.

L’arrêt des SAA reste la mesure causale centrale, mais il peut
provoquer hypogonadisme, baisse de libido, troubles de l’humeur et
risque de rechute. Il doit être accompagné médicalement. Les «
post-cycle therapies » improvisées ne sont pas une solution
cardiovasculaire démontrée et peuvent ajouter d’autres risques.

11.
Réduire le risque sans renoncer nécessairement à la musculation

Pour tout culturiste

  1. Mesurer réellement la pression artérielle, pas seulement une fois
    après le repos ou à la salle.
  2. Corriger une hypertension plutôt que l’attribuer au stress ou au
    gabarit.
  3. Dépister l’apnée du sommeil en présence de ronflement, fatigue,
    somnolence ou forte circonférence cervicale.
  4. Conserver une composante d’endurance adaptée : la force ne remplace
    pas la capacité cardiorespiratoire.
  5. Éviter les prises de masse excessives et rapides, particulièrement
    lorsqu’elles augmentent aussi la masse grasse.
  6. Limiter les stimulants et ne pas cumuler plusieurs produits
    sympathomimétiques.
  7. Utiliser une respiration et une technique appropriées ; la manœuvre
    de Valsalva peut être nécessaire pour certains efforts lourds, mais ne
    doit pas devenir une exposition banalisée chez un hypertendu non
    contrôlé.
  8. Ne pas s’entraîner à haute intensité en présence de symptômes
    inexpliqués.

En cas d’usage actuel ou
passé de SAA

Le message médical ne doit être ni culpabilisant ni faussement
rassurant. Les priorités sont : reconnaître l’exposition cumulée,
rechercher les complications silencieuses, favoriser l’arrêt avec
accompagnement spécialisé et traiter les facteurs de risque identifiés.
Un bilan normal aujourd’hui n’annule pas le risque futur, surtout si
l’exposition continue.

12. Ce qui n’est pas démontré

  • Aucun complément alimentaire n’a démontré qu’il prévenait la
    cardiomyopathie liée aux SAA.
  • Les oméga-3, antioxydants, coenzyme Q10, taurine ou « protections
    cardiaques » ne neutralisent pas les effets d’une exposition
    androgénique supraphysiologique.
  • Une pression normale ponctuelle ne prouve pas l’absence de
    retentissement cardiovasculaire.
  • Une fraction d’éjection normale n’exclut pas une atteinte précoce du
    strain ou de la fonction diastolique.
  • Faire des cycles plus courts, empiler différemment les produits ou
    ajouter une « thérapie post-cycle » n’a pas démontré la sécurité
    cardiovasculaire.
  • La très bonne performance physique n’exclut ni athérosclérose ni
    cardiomyopathie subclinique.

13. Tableau de synthèse des
preuves

Affirmation Conclusion Niveau NCS
La musculation non dopée peut augmenter modérément la masse
cardiaque
Probable, avec adaptation généralement équilibrée et fonction
préservée
B
Les SAA augmentent la masse du ventricule gauche à court terme Démontré prospectivement dans une petite cohorte B
Les SAA altèrent pression, lipides et hématocrite Données prospectives cohérentes B
L’exposition prolongée est associée à une cardiomyopathie
biventriculaire
Association robuste dans plusieurs comparaisons humaines B
Les SAA sont associés à davantage d’infarctus, d’arythmies, de
cardiomyopathies et d’insuffisance cardiaque
Grande cohorte nationale avec suivi prolongé A pour l’association
Toutes les anomalies régressent après l’arrêt Faux : récupération variable selon durée et atteinte B
Un complément peut protéger le cœur pendant un cycle Non démontré E

14. Questions fréquentes

Une
paroi ventriculaire à 12 mm est-elle anormale chez un culturiste ?

Pas nécessairement. Le sexe, le gabarit, la pression artérielle, les
volumes ventriculaires et la méthode de mesure comptent. La valeur doit
être interprétée avec la géométrie, la fonction et le contexte. Une
progression dans le temps peut être plus informative qu’une mesure
isolée.

À partir de
13 mm faut-il arrêter la musculation ?

Non automatiquement. Entre 13 et 16 mm, on parle souvent de zone
grise chez l’athlète adulte. Cette situation justifie une analyse
experte, pas une conclusion fondée sur le chiffre seul. Symptômes,
distribution de l’hypertrophie, ECG, strain, pression, antécédents et
IRM orientent la décision.

Une
fraction d’éjection normale suffit-elle à rassurer ?

Non. Une atteinte débutante peut concerner le strain ou la relaxation
avant la baisse de la fraction d’éjection. À l’inverse, certains
sportifs d’endurance très entraînés ont une fraction d’éjection de repos
relativement basse avec une excellente réserve contractile. Le contexte
reste déterminant.

Un ECG
normal exclut-il une HVG ou une cardiomyopathie ?

Non. L’ECG est utile mais imparfait. Une échocardiographie ou une IRM
peut montrer une anomalie structurelle malgré un ECG peu
contributif.

Combien
de temps après l’arrêt des SAA faut-il refaire l’échographie ?

Il n’existe pas un calendrier universel applicable à tous. Le délai
dépend des anomalies initiales, des symptômes, de la pression et de la
durée d’exposition. Un contrôle à quelques mois peut documenter une
trajectoire, mais une anomalie importante impose un suivi cardiologique
plus rapproché et individualisé.

Le
culturisme naturel protège-t-il de tout risque cardiaque ?

Non. Il évite le risque propre aux SAA, mais n’exclut ni
hypertension, apnée du sommeil, cardiomyopathie génétique, obésité,
dyslipidémie ni usage excessif de stimulants.

15. Conclusion

Chez le culturiste, l’hypertrophie ventriculaire gauche se situe au
croisement de la physiologie sportive et de la pathologie
cardiovasculaire. La musculation non dopée peut produire une
augmentation modérée et proportionnée de la masse cardiaque, sans
altérer la fonction. Cette adaptation ne doit cependant pas servir
d’explication automatique à une hypertrophie concentrique marquée, à une
baisse du strain, à une dysfonction ventriculaire ou à une fibrose.

Les SAA changent profondément le niveau de vigilance. Les études
prospectives montrent des modifications rapides de la masse et de la
fonction ; les cohortes d’utilisateurs au long cours retrouvent des
cardiomyopathies parfois persistantes ; les données nationales montrent
une augmentation des événements cliniques. Le bon raisonnement associe
donc exposition cumulée, pression artérielle, ECG, imagerie multimodale
et recherche des cofacteurs.

Le message de prévention peut être formulé simplement : un
cœur plus épais n’est pas forcément un cœur malade, mais un cœur malade
peut rester longtemps performant.
L’absence de symptôme ne
dispense pas d’en comprendre la cause.

À lire également

Bibliographie sélective

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    biventricular cardiac remodeling in response to high-intensity
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Déclaration de transparence : cette synthèse a été
structurée avec assistance d’IA. Les recommandations officielles, les
données réglementaires actualisées et l’évaluation clinique individuelle
prévalent en cas de divergence.

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